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La Légation Américane

Seul monument historique classé hors des États- Unis, la Légation américaine de Tanger est surtout devenue en 1821 la première représentation diplomatique de son pays dans le monde. Chargé d’histoire, politique et culturelle, cet étonnant bâtiment est toujours bien vivant, à l’image de la ville cosmopolite qui l’abrite.

C’est le genre de perle dont la médina de Tanger a le secret. On y accède directement par Bab Mericane et la rue du Portugal. Niché au coeur de la ville ancienne, l’édifice ne paie pas de mine vu de l’extérieur. Pourtant, une fois la petite porte franchie, la surprise est au rendezvous: une imposante demeure de cinq niveaux se dévoile peu à peu, d’escaliers en patios, de passerelles en salles réparties en deux corps de bâtiments, à cheval sur le derb d’accès. Outre la beauté sereine de ses murs du XVIIIe siècle, la Légation américaine offre à ses visiteurs un parcours captivant à travers différents univers, où cohabitent parfaitement le style oriental du patio mauresquemoucharabiehs, divers détails araboandalous, grandes pièces aux larges ouvertures - et l’inspiration occidentale que l ’on retrouve notammen t dan s la fact u re du mobilier . Don du Sultan du Maroc à la toute jeune république américaine en 1821 (on notera d’émouvantes correspondances d’époque entre Moulay Ismaïl et Georges Washington), la Légation américaine a abrité la mission diplomatique de ce pays jusqu’à la fin du Protectorat en 1956, date à laquelle toutes les ambassades étrangères s’installèrent à Rabat. Le bâtiment accueillit alors le consulat américain, jusqu’en 1962, une école de formation des diplomates américains à la langue arabe, puis enfin un centre de stage pour jeunes volontaires américains (Peace Corps), trois ans durant. Laissé ensuite à l’abandon jusqu’en 1976, année du bicentenaire de la naissance des États-Unis, le bâtiment devient alors, sous l’impulsion d’un groupe d’intellectuels constitué en une fondation, le musée qu’il reste aujourd’hui. Mais pas seulement... Enrichi de donations successives, notamment celles du diplomate américain Donald Angus, de la veuve du peintre James Mc Bey et du célèbre Ion Perdicaris, le musée recèle une multitude de trésors, allant du XVIIe au XXe siècle. Parmi de splendides meubles d’époque et tapis de collection, qui donnent à l’endroit le charme suranné d’une bâtisse coloniale, se découvrent en effet des oeuvres de grands maîtres (El Glaoui, Hamri, Delacroix ou Kokoschka), une collection de cartes anciennes et de gravures retraçant l’histoire de Tanger, la collection de soldats de plomb de Malcom Forbes, anciennement exposée dans son palais à Mershan… Mention particulière aux espaces consacrés à Paul Bowles, qui retracent notamment le passé peu connu de musicien de l’auteur et sa vie tangéroise avec la Beat Generation, aux côtés de personnalités telles William Burroughs, Tennessee Williams ou Emilio Sanz de Soto. Sur les 45 pièces que compte la Légation américaine, une dizaine est ouverte toute l’année au public. Mais la Légation est bien plus qu’un lieu de mémoire où le temps se serait arrêté. Elle héberge en effet une boutique et un centre de recherche ouvert aux universitaires et aux chercheurs, fort de 10 000 ouvrages en différentes langues (français, anglais, arabe, portuguais…), spécialisés sur l’Afrique du Nord et le Maghreb, de même que des journaux anciens. Le grand public, en particulier les étudiants, peut lui emprunter les livres en anglais mis à disposition à la bibliothèque de la Légation. Des activités culturelles sont par ailleurs organisées : des concerts, des conférences ou les réunions de l’Institut américain des études maghrébines. Gerald Loftus, le directeur des lieux, comme Mohamed Jadidi, conservateur, se félicitent également de la vocation sociale de la Légation, qui participe à l’alphabétisation de plus d’une centaine de femmes de la médina de Tanger et organise différents projets culturels et sociaux consolidant les liens entre les États- Unis et le Maroc, première nation étrangère à avoir reconnu, fin 1777, la jeune nation devenue superpuissance. Une alliance toujours vivace (en juin, présentation d’un livre-événement autour de l’oeuvre de Robert Adams et, en novembre, célébration de l’opération Torch, débarquement allié en Afrique du Nord en 1942) dont le visiteur ressentira, immanquablement, les différentes facettes.
Tanger American Legation Institute for Moroccan Studies - TALIM
Du lundi au vendredi de 10 h à 13 h et de 15 h à 17 h
8 rue d’Amérique, Tanger
Tél. 05 39 93 53 17
www.legation.org et www.talimblog.org

 
Edition : Couleurs Com Sarl, 115 avenue Ben Abdellah, Appartement 15, Tanger
Tél : 0539 93 34 30 / 0539 93 34 31 Fax : 0539 93 34 36 - E-mail : contact@tangerpocket.com