A seulement une heure de Tanger, visiter Larache, c’est la promesse d’un voyage entre mythologie et histoire. Côté légende, c’est tout près de cette ville, dans la vallée de l’oued Loukkos, qu’Hercule aurait accompli le onzième de ses douze travaux. C’est en effet là que se situerait le fameux Jardin des Hespérides, du nom des filles du géant Atlas et de la déesse Hespéris, où se trouvait l’arbre aux pommes d’or dont Hercule aurait réussi à s’emparer après avoir vaincu un terrible dragon. Un monstre qui, pour les esprits les plus rationnels, ne serait autre que le fleuve Loukkos lui-même, dont les multiples méandres font penser à un serpent…
Au chapitre historique, Larache a été conquise à de nombreuses reprises et a gardé au fil du temps diverses influences. D’abord peuplée par les Phéniciens à l’époque où ceux-ci occupaient le Maroc, la ville est tour à tour tombée aux mains des Romains, des Carthaginois et des Arabes. A la fin du XVe siècle, elle est fortifiée et prise par les Portugais. Pas pour longtemps car ces derniers sont vaincus par les Marocains en 1578, au cours de la Bataille des trois rois. La cité est de nouveau occupée par les Espagnols à partir de 1610, avant d’être reprise par les Marocains, pour redevenir hispanique de 1911 jusqu’à l’Indépendance du pays en 1956.
A peine arrivé sur la place de la Libération, limite naturelle entre ville nouvelle et ancienne, l’héritage arabo-andalous semble saisissant au niveau architectural. En témoignent les nombreuses arcades qui bordent cette esplanade circulaire, entourée de cafés et de restaurants. Pour peu, on se croirait presque sur une place espagnole !
Une fois franchie Bab El Khemis, cette imposante porte ocre, on pénètre dans la médina. Là aussi l’empreinte ibérique demeure omniprésente. Pour preuve, sur les panneaux signalétiques, les noms des rues figurent encore à la fois en arabe et en espagnol. Et la vaste place rectangulaire, qui mène à Bab El Kasbah, est elle aussi jalonnée d’arcades aux piliers peints.
Passé la porte de la kasbah, on s’enfonce alors dans de minuscules ruelles aux maisons blanches et bleues, couleurs typiques de Larache, qui descendent vers la mer. Avant de se diriger vers le port, on pourra profiter de la vue panoramique sur le Loukkos et sa plaine alluviale, ou faire un tour au musée archéologique. A voir également à proximité le château de la Cigogne.
La médina ne constitue cependant pas le seul point d’intérêt de Larache. La ville est en effet appelée à se développer à l’avenir. Et pour cela, elle mise sur un autre de ses atouts : sa plage, à laquelle on accède de façon conventionnelle en voiture, ou plus insolite avec l’une des barques qui attendent au port pour traverser l’estuaire. Dans le cadre du Plan Azur, une station balnéaire, baptisée Port Lixus et dotée de villas, hôtels, centre de loisirs, d’un golf et d’une marina, est en train de sortir de terre.
Celle-ci se situe à proximité de l’ancienne cité de Lixus. Un site archéologique qui mérite qu’on s’y attarde pour son acropole, son amphithéâtre – unique au Maroc – et ses bains romains, ses usines de salaison, etc. Un bon moyen de concilier vacances à la mer et visite culturelle.
2010, année Jean Genet à Larache
Une balade à Larache ne saurait être complète sans évoquer la mémoire de l’écrivain Jean Genet. D’autant que l’année 2010 célèbre le centenaire de sa naissance. On pourra faire à cette occasion un détour par le petit cimetière espagnol, qui surplombe la falaise en bordure de mer. C’est là, au milieu des autres tombes, que se trouve celle, presque anonyme, de l’auteur. Né en 1910 en France et décédé en 1986, Jean Genet repose donc face à l’Atlantique et ses embruns, à deux pas de sa maison située dans une des rues toutes proches.
Formé dans sa jeunesse au métier de typographe, Jean Genet
s’engage à 18 ans dans la Légion étrangère. Il découvre pour la première fois l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, qui le marquent à jamais. De retour à Paris, il vit de petits larcins et connaît la prison à plusieurs reprises. Perfectionniste, il écrit alors des poèmes et publie ses premiers romans : Le Journal du voleur, Le Miracle de la rose, Notre-Dame-des-Fleurs, puis Pompes funèbres. Censurés parce que jugés pornographiques, ceux-ci traitent de ses années de prison, de l’homosexualité ou encore du nazisme.
Ami de Sartre, de Beauvoir, Matisse et Giacometti, il se consacre ensuite à l’écriture de pièces de théâtre qui se révélent de vrais succès, comme Les Nègres et Les Paravents. Au fil du temps, Jean Genet devient de plus en plus engagé. Ecrivain d’extrême-gauche, il dénonce l’hypocrisie bourgeoise, le monde carcéral, la politique coloniale et prend position en faveur de la Palestine.
A la fin de sa vie, il entame la rédaction d’un journal Le Captif amoureux, qui sera publié quelques mois après sa mort.